« US Casualties in Iran War: 861 wounded, 19 dead », a-t-il écrit, avant d’ajouter : « Israeli Casualties in Iran War: 0 ».
Le premier chiffre correspond globalement aux données publiques du Pentagone. Le second ne résiste pas à une vérification élémentaire.
Des civils en Israël ont été tués par des missiles iraniens. Ce fait était déjà documenté plusieurs mois avant la publication d’Uygur.
https://x.com/cenkuygur/status/2103862509916873046
Le problème, c’est le zéro
Le 10 mars 2026, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Sa’ar a écrit au président du Conseil de sécurité de l’ONU que 13 civils en Israël avaient été tués directement par des tirs de missiles iraniens et que des centaines d’autres avaient été blessés.
Cette seule déclaration suffit à rendre impossible un bilan de zéro victime.
Huit jours plus tard, le président Isaac Herzog s’est rendu sur le site d’un impact de missile iranien à Ramat Gan, après la mort de deux civils pendant la nuit. La présidence israélienne a explicitement indiqué qu’ils avaient été tués par un missile balistique iranien.
Il n’est donc pas nécessaire de s’appuyer sur une estimation contestée ni de reconstituer l’ensemble de la guerre. Il existe des incidents identifiés, des documents officiels et des sites d’impact bien réels en Israël.
Uygur n’a pas précisé qu’il utilisait une définition particulièrement restrictive du mot « pertes ». Il a simplement placé le chiffre « 0 » à côté d’Israël.
Le bilan plus large rend l’affirmation encore moins défendable
La confrontation directe entre Israël et l’Iran n’a pas commencé en 2026.
Pendant la guerre de douze jours de juin 2025, l’Iran a lancé à plusieurs reprises des salves de missiles balistiques contre Israël. Les autorités israéliennes ont déclaré que 28 personnes avaient été tuées en Israël pendant le conflit, selon Reuters. Des immeubles d’habitation ont notamment été touchés dans la région de Tel-Aviv et à Beersheba.
Ainsi, qu’Uygur ait voulu parler uniquement de la guerre de 2026 ou de la période plus large des attaques iraniennes directes contre Israël, le constat reste le même : des Israéliens ont été tués.
Le bilan cumulé précis peut varier selon la période retenue et la méthode de comptage : citoyens israéliens uniquement, toutes les personnes tuées sur le territoire israélien, militaires morts sur d’autres fronts ou personnes décédées plus tard de leurs blessures. Aucune de ces différences méthodologiques ne transforme des morts documentées dues à des missiles iraniens en zéro.
Le chiffre américain mérite lui aussi d’être contextualisé
Le chiffre avancé par Uygur pour les États-Unis est bien plus proche du bilan public, mais il simplifie lui aussi une situation plus complexe.
Le Washington Post a rapporté le 25 septembre que le Defense Casualty Analysis System du Pentagone recensait 861 militaires américains blessés depuis le début du conflit avec l’Iran. Le nombre de décès affiché publiquement dans la base était passé à 19.
Mais le Pentagone n’a pas présenté ces 19 décès comme 19 Américains tous tués par des attaques iraniennes. Le total public comprend des morts hostiles et non hostiles liées aux opérations militaires dans la région. Le Washington Post a notamment indiqué que le dernier décès ajouté à la base concernait une officière de l’armée victime d’une urgence médicale alors qu’elle se rendait au Moyen-Orient.
Cette nuance est essentielle, car la comparaison en deux lignes d’Uygur transforme des catégories différentes en un tableau de score simpliste : les Américains sont blessés et meurent, les Israéliens n’auraient aucune perte.
La partie israélienne de ce tableau est fausse.
Pourquoi ce cadrage compte
Un chiffre peut être faux sans que l’on puisse prouver pourquoi celui qui l’a publié s’est trompé.
Aucune preuve publique ne permet d’établir qu’Uygur savait que le chiffre israélien était incorrect, qu’il s’est fié à une mauvaise information ou qu’il utilisait une définition non précisée. Affirmer son intention comme un fait irait donc au-delà des éléments disponibles.
Ce que l’on peut en revanche analyser, c’est l’effet produit par le message.
Mettre « 861 blessés, 19 morts » face à « pertes israéliennes : 0 » conduit le lecteur à comprendre que les Américains supportent le coût humain de la guerre tandis que les Israéliens n’en paient aucun. Cette impression dépend entièrement de la validité du zéro.
Or ce zéro est faux.
Uygur n’est par ailleurs pas un observateur neutre d’Israël. Le fondateur et PDG de The Young Turks a régulièrement utilisé des termes extrêmement sévères contre le pays et a publiquement qualifié Israël d’« État terroriste ». Cet historique est pertinent pour comprendre son discours, mais il ne prouve pas le mobile de cette publication précise.
La vérification factuelle est plus simple que le débat politique.
Des missiles iraniens ont tué des civils en Israël. Des responsables israéliens ont documenté ces morts pendant les combats de 2026. Reuters a documenté des morts en Israël pendant la guerre de juin 2025. Affirmer que les pertes israéliennes dans la guerre contre l’Iran sont de « 0 » efface un bilan déjà public.
On peut débattre de la guerre, de l’engagement américain, de la stratégie israélienne ou de la politique de Washington envers l’Iran.
On ne peut pas faire disparaître des morts documentées.