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Sécurité et défense

Selon The Times, le Royaume-Uni a accordé l’asile puis la citoyenneté à un ancien garde du corps de Haniyeh ensuite accusé dans un projet du Hamas en Europe

Une nouvelle enquête de The Times soulève des questions sur la manière dont les autorités britanniques ont examiné le passé d’un homme auquel le Royaume-Uni a accordé l’asile, puis un droit de séjour permanent et enfin la citoyenneté britannique, alors qu’il avait auparavant servi comme garde du corps du dirigeant du Hamas Ismaïl Haniyeh.

Vue de Londres avec des éléments de sécurité européenne illustrant une affaire de citoyenneté britannique et de projet présumé du Hamas
Illustration d’une affaire reliant le Royaume-Uni à une enquête européenne sur des armes et le terrorisme. L’image ne préjuge pas de la culpabilité.

Des années plus tard, le parquet fédéral allemand a présenté un ressortissant britannique identifié comme Mohammed A. comme une figure importante d’une opération présumée du Hamas visant à acquérir et stocker des armes en vue d’attaques contre des cibles israéliennes et juives en Europe.

The Times affirme ne pas pouvoir publier le nom de cet homme en raison d’une restriction imposée par un tribunal britannique dans le cadre d’une procédure pénale distincte au Royaume-Uni. Des médias étrangers ont toutefois identifié le suspect du dossier allemand comme Mohammed Naim, fils du haut responsable du Hamas Bassem Naim. En novembre 2025, le quotidien allemand WELT avait rapporté qu’il avait autrefois été garde du corps de Haniyeh et avait publié une photo de 2007 le montrant à ses côtés.

Ce qu’affirme le parquet allemand

Dans un communiqué officiel de novembre 2025, le parquet fédéral allemand a annoncé l’arrestation à Londres du ressortissant britannique Mohammed A., en vertu d’un mandat allemand, en indiquant qu’il était fortement soupçonné d’appartenir au Hamas.

Selon le mandat, Mohammed A. aurait rencontré à deux reprises un autre suspect à Berlin durant l’été 2025, reçu cinq armes de poing et des munitions, transporté les armes en Autriche puis les aurait stockées à Vienne. Les procureurs ont affirmé que l’opération visait à préparer des attaques contre des sites israéliens ou juifs en Allemagne et ailleurs en Europe.

Le service autrichien de sécurité et de renseignement a annoncé au même moment la découverte à Vienne d’une cache d’armes attribuée aux structures opérationnelles extérieures du Hamas. Cinq armes de poing et dix chargeurs ont été saisis.

L’enquête s’est ensuite élargie. Le 11 septembre 2026, le parquet fédéral allemand a annoncé l’inculpation de sept autres suspects dans l’affaire d’approvisionnement en armes. Selon l’accusation, la branche armée du Hamas préparait depuis au moins juillet 2025 une attaque en Allemagne ou en Autriche, autour du deuxième anniversaire de l’attaque du 7 octobre 2023 contre Israël.

Les cibles potentielles auraient compris des représentants d’Israël, des Juifs ainsi que des personnes considérées comme pro-israéliennes en Allemagne ou en Autriche.

Les procureurs affirment qu’au 1er octobre 2025, le groupe avait déjà obtenu un fusil entièrement automatique en état de fonctionnement, 13 armes de poing opérationnelles et plus de 700 cartouches. Mohammed A. fait l’objet d’une procédure séparée. Le communiqué de septembre 2026 indique qu’il aurait joué un rôle de premier plan, été relié au niveau dirigeant du Hamas, transporté une partie des armes à Vienne et enregistré à l’avance une vidéo revendiquant l’attaque projetée au nom du Hamas.

Au 11 septembre 2026, les autorités allemandes indiquaient qu’il n’avait toujours pas été transféré depuis le Royaume-Uni. Le Hamas a nié tout lien avec les suspects arrêtés dans cette affaire.

The Times : de l’asile à la citoyenneté britannique

La nouveauté apportée par The Times concerne le parcours migratoire de l’homme au Royaume-Uni. Le journal affirme qu’il a obtenu l’asile, puis un droit de séjour sans limitation de durée, avant de devenir citoyen britannique. Il aurait également vécu au Royaume-Uni, travaillé dans l’informatique et changé de nom à plusieurs reprises.

Son dossier d’immigration n’est pas public, et aucun document officiel du Home Office confirmant de manière indépendante ce parcours n’est inclus dans les sources disponibles ici. Les éléments concernant l’asile, le séjour permanent et la citoyenneté doivent donc rester explicitement attribués à The Times.

L’enquête pose néanmoins une question évidente : quelles informations sur ses activités antérieures les autorités britanniques connaissaient-elles, ou pouvaient-elles raisonnablement connaître, lorsqu’elles ont examiné ses demandes ?

Un article égyptien de 2010 liait déjà Naim à Haniyeh

L’affaire comporte aussi un précédent plus ancien. En septembre 2010, le quotidien égyptien Al-Masry Al-Youm, citant des sources de sécurité égyptiennes, rapportait que Mohammed Naim - alors présenté comme garde du corps de Haniyeh et fils de Bassem Naim - avait été arrêté en Égypte plusieurs mois auparavant.

Le journal indiquait que l’enquête portait notamment sur une implication présumée dans un tunnel de contrebande entre Gaza et l’Égypte ainsi que dans le transfert d’argent et d’or. D’autres articles de l’époque évoquaient aussi des accusations liées au passage de personnes recherchées dans des affaires de terrorisme.

Ces informations n’établissaient pas une condamnation. Un média palestinien proche du Hamas avait publié une version différente, affirmant que Naim avait été détenu sans inculpation et que son arrestation était liée à ses attaches familiales. L’épisode de 2010 doit donc être présenté comme une accusation historique contestée, et non comme un jugement pénal établi.

Son intérêt aujourd’hui est précis : le nom de Mohammed Naim et sa proximité supposée avec la direction du Hamas avaient été rendus publics plus de dix ans avant l’enquête européenne de 2025.

Une affaire, trois niveaux de preuve distincts

Il faut distinguer trois éléments. Le premier est l’enquête de The Times sur l’obtention du statut légal puis de la citoyenneté au Royaume-Uni. Le deuxième est l’identification de Mohammed A. comme Mohammed Naim, issue de médias étrangers dont WELT. Le troisième est la procédure pénale allemande, dans laquelle les procureurs l’accusent d’avoir participé à l’acquisition d’armes et à la préparation d’attaques ; ces accusations n’ont pas encore été tranchées par un tribunal.

Pris ensemble, ces éléments soulèvent une question de sécurité plus large. Un homme ayant vécu légalement pendant des années au Royaume-Uni et semblant avoir franchi plusieurs étapes de contrôle migratoire et de naturalisation est ensuite devenu un suspect central dans une enquête européenne sur le terrorisme et les armes. Si les détails du parcours britannique sont entièrement confirmés, le débat portera inévitablement sur les informations dont disposaient les autorités, sur la manière dont elles les ont évaluées et sur l’existence éventuelle de signaux d’alerte qui n’auraient pas été détectés à temps.

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